Et voilà ! Ca faisait très longtemps. Mais il a fallu que... Comment voulez-vous, aussi, que nous nous en sortions indemnes, dans des conditions pareilles ? 

"On" nous annonce, tous media confondus, des pluies d'oiseaux, de plus en plus nombreuses, dans des coins que la simple géographie scolaire qui nous fut assénée manu militari, il y a tellement d'années, n'arrive pas  à relier de façon un tant soit peu logique. 

Des pluies... Je n'ai vu, ce tantôt, que l'image affligeante d'oiseaux morts, et de quelques survivants assommés, que la prochaine voiture écrabouillera sûrement dans un écoeurant bruit d'os, de viscères et de plumes... Dans des coins différents, divergents, ayant entre eux si peu de choses communes que c'est un casse-tête que de tenter d'y comprendre quelque chose. 

Les oiseaux meurent en vol, les poissons se noient, la planète crève, de toutes parts, comme un tissu qui ne peut plus contenir ce que d'aucuns tentent d'y faire tenir. Et nous sommes instamment priés de trier nos déchets (que nous autres, "privilégiés", produisons en trop grandes quantités) pour épargner la planète ! Les sacro-saints mots d'ordre de l'écologie bobo des pays de l'hémisphère nord ! Les mesures cosmétiques, qui visent à donner bonne conscience aux détenteurs de 4X4, aux abonnés des trajets avionnesques, aux autres... 

Et moi, au bas (relatif) de l'échelle (relative) des décisions, qui n'en peux plus de voir, dans ce monde, l'accumulation de ces souffrances insensées, injustes, injustifiables, que faudrait-il que je fasse ? Comment apaiser, fût-ce un instant, les empilements de souffrances, de morts, de douleurs, d'injustices que nous valent les options basiques d'un mode sociétal que je désapprouve de tout mon coeur ?  

Qu'est-ce que je peux bien faire pour ralentir, pour distraire un instant le rouleau compresseur de son inéluctable trajectoire ? Hein ? Et qui suis-je pour oser dire que les souffrances imposées à tout ce qui vit sont insensées, injustes, injustifiables ? Moi qui, ayant horreur des araignées, demande qu'on leur laisse la vie sauve ! Moi qui me suis arrangée pour vivre en bon voisinage avec une colonie de guêpes, terriblement proche de ma maisonnée ! Qui suis-je, moi, dans tout ça ? Hein ? 

Eh bien, ce soir, et ça faisait longtemps, je ne suis plus qu'un animal perplexe. Un humain égaré. Une femme vieillissante et désespérée. Quoi ? "Mon" cancer ne suffit pas à racheter la douleur du vivant de ce monde ? Quoi ? "Mon" chagrin ne suffit pas à atténuer la douleur de ce monde qui m'est étranger ? Quoi ? "Mon" cri n'atteint pas les oreilles de ceux qui décident de ce qui vaut de vivre et de ce qui mérite de crever ? 

Ce soir, et il y avait longtemps, toute honte bue, je cède. Il m'a fallu le recours à ce bon vieil "ami". Un tout petit verre... de trop. Et l'anesthésie (toute relative) me permet de, peut-être, continuer à respirer, continuer à être... Malgré tout.